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  • Aude NAZEYROLLAS

Le "Tu" qui tue

Mis à jour : janv. 5

Un grand classique de la communication non violente, mais ô combien efficace !


Cela nous est tous arrivé (et nous arrivera encore) : un tsunami intérieur déclenché par une phrase, voire un simple mot de la part de quelqu'un d'autre (collègue, ami(e), famille ou même un tiers inconnu).

Différentes réactions sont possibles selon l'émotion déclenchée : silence (sidération), explosion (colère), pleurs (tristesse)....




ll est alors très probable que la réponse faite à cette personne ne soit pas des plus appropriées. Et pour cause, vu que ce ne sera pas une réponse (choisie) mais bien une réaction (automatique). En réalité, cette réaction vient du fait que ce que dit cette personne (et non pas la personne en elle-même) vient 'taper' quelque chose en nous, en général un point faible, une vulnérabilité, une peur...


Prenons un exemple concret :

- Robert : "Au fait, dans 10 minutes tu nous rejoins en réunion, je veux que tu nous présentes les derniers chiffres".

- Maurice (profil : perfectionniste et manquant de confiance en lui) : "Tu plaisantes ou quoi ? tu aurais pu me prévenir, je n'ai rien préparé !" (Maurice se sent très mal, monte en pression et la discussion s'envenime).


Ce qu'aurait pu dire Maurice en mode Adulte (après une courte respiration, histoire de gagner quelques secondes) : "Quand tu me dis ça, je me sens très stressé tout à coup. J'ai besoin de temps pour préparer mes interventions, sinon j'ai le sentiment de mal faire mon travail". Une variante pourrait être : "Quand tu me préviens au dernier moment comme ça, je me sens très en colère. Le fait de ne pas être prévenu avant fait que je ne me sens pas respecté".


La cerise sur le gâteau est de proposer ensuite des solutions en fonction de ce que nous sommes prêts à faire et accepter : "Penses-tu que je puisse intervenir en fin de réunion, afin que je puisse préparer un minimum mon intervention ?" ou alors "je suis prêt à le faire pour cette fois, mais la prochaine fois te serait-il possible de me prévenir au moins la veille?" voire "désolé, je ne peux pas aujourd'hui j'ai déjà pris un autre engagement. Mais si tu veux je peux t'envoyer quelques éléments par mail, ou bien intervenir lors de ta prochaine réunion ?

Dire "je me sens...", c'est s'obliger à s'écouter et à mettre un mot sur son émotion

Bénéfices de l'utilisation du "je" (liste non exhaustive):

- En disant "tu", j'accuse l'autre, ce qui entraîne quasiment systématiquement une réaction défensive chez mon interlocuteur. Risque avéré d'escalade vers le conflit !

- J'apprends à exprimer ce que je ressens (ce qui implique d'être plus à l’écoute de soi, de verbaliser ses émotions et d'éviter d'accumuler les empreintes des émotions non exprimées).

- Quand j'exprime ce que je ressens, l'autre ne peut pas le nier. Cela m'appartient, c'est "ma" vérité et c'est inattaquable. Si je dis "je suis en colère", l'autre ne peut pas répondre "ce n'est pas vrai ! "

- J''assume la responsabilité de mon émotion ; même si l'autre en est le déclencheur, ce que je ressens relève de MA responsabilité et non pas de la sienne.je fais un feedback à l'autre. Non, la plupart du temps il ne cherche pas à me provoquer volontairement ; il a aussi ses propres émotions à gérer ! Du coup lui exprimer l'impact de ses propos sur moi peut lui être utile. Dans 90% des cas, je vais constater que l'autre redescend aussi vite qu'il est monté "désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire", "excuse-moi, je suis un peu à cran en ce moment" sont des réactions classiques.


Commencez par rejouer 'à froid' tranquillement chez vous les scènes qui ont provoqué des émotions désagréables dans la journée. Rejouez la séquence en vous demandant : "quelle émotion ai-je ressenti à ce moment-là? pourquoi ? quelle vulnérabilité, quel point sensible a été touché en moi ?"


A force de vous entraîner, vous arriverez progressivement à être moins réactif. Le but n'est pas de l'être tout le temps, mais si une fois de temps en temps ça marche, c'est déjà ça de pris ! Et si vous ne parvenez pas à le faire 'à chaud', rien ne vous empêche de retourner voir la personne quelques heures ou quelques jours après et de lui faire ce feedback.



Important : à chaque fois que vous réussissez à exprimer ce que vous ressentez, considérez cela comme une victoire et félicitez-vous !


Si vous souhaitez aller plus loin, il existe de nombreux ouvrages la communication non violente et l'assertivité. Mais surtout ne me croyez pas : testez ! :-)

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